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dernière mise à jour le 12 mai 2012


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Souvenir d'un ancien gendarme

La mémoire des anciens

Souvenir de Roger Roumieu, ancien gendarme:

Le départ en Indochine - janvier 1947

L'Ile de France : le plus grand navire de commerce français d'avant la guerre 1939. Réquisitionné ou saisie par les Etats-unis en 1939 ou 1940 alors qu'il se trouvait dans les eaux territoriales américaines.
Il a été transformé en transport de troupes et principalement utilisé lors de la guerre en Extrême-Orient. Il aurait réalisé un exploit, lors de ce conflit, en évacuant 20 à 21 000 personnes de nationalités diverses fuyantes devant les troupes japonaises.
Lors de notre départ, nous étions plus de 10 000 hommes de troupe à bord plus 2 000 membres d'équipage civil.
À bord le bataillon prend place dans de grandes salles dortoirs, les compagnies et sections en ordre.
Ce dortoir est divisé par des allées d'1,60 m. environ de largeur. De chaque côté, 4 hamacs à ossature métallique sont relevés et maintenus par 2 chaînettes à la cloison également métallique. Le soir en position coucher, les 4 hamacs superposés autorisent un faible passage dans les allées. Ces locaux sont parfaitement équipés :WC, urinoirs, lavabos. Un réfectoire immense permet en 2 services aux 600 hommes du bataillon de prendre les repas. En file indienne chacun se présente avec sa gamelle et son quart devant les serveurs pour être ravitaillé en aliment et boisson et prendre place à de grandes tables. A la fin du repas et au signal donné, toujours en file indienne, les hommes se dirigent vers le fond du réfectoire où de grands bacs d'eau chaude sont installés pour le lavage des ustensiles. Ensuite ils sortent et rejoignent leur place sur le bateau.

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Dès notre débarquement, nous sommes dispersés dans le secteur de Tourane.
Du 4 au 10 février 1947 a lieu une opération de nettoyage de la région.

Roger gardera un souvenir marqué de ses 20 ans durant cette opération

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Les missions

- Prendre contact avec les annamites des villages et hameaux auprès desquels les postes avaient été construits par le R.I.C. La mission principale était la protection des indigènes dont la plupart sont bouddhistes ou catholiques et se tenaient à l'écart des Viets communistes.
- Patrouilles et embuscades de jour comme de nuit aux abords des habitations et sur les pistes des rizières.
- Recherche du renseignement au profit du 2e Bureau (section d'un Etat Major chargée du renseignement sur l'ennemi et de son exploitation) sur la présence de Viets infiltrés qui observaient nos mouvements et renseignaient les chefs maquisards en zone montagneuse.
- Recherches et arrestations des agents de liaison, ceux-ci assuraient le contact et la logistique des maquisards.
- Des opérations de perquisitions ordonnées par le 2e Bureau sont réalisées avec regroupement de militaires de plusieurs sections dans les villages dont la population est acquise aux Viet Minh.

Documents, armes, munitions, explosifs, stocks de ravitaillement sont recherchés.
Des individus fichés sont arrêtés.

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Nous apprenons que nous relevons un bataillon du 21e RIC (Régt d'Infanterie Coloniale) du CEFEO du Gal Leclerc, débarqué en Indochine en septembre et octobre 1945. Il avait occupé pacifiquement l'Annam jusqu'au 19 décembre 1946, jour du début de l'insurrection générale.
(Pour rappel : 23 décembre, mariage de Robert et de Denise et le 25 décembre, Roger reçoit le télégramme pour rejoindre son unité.)
Ces éléments du 21e RIC, installés dans des postes de défense répartis sur le centre Annam, ont engagé la chasse aux unités Viet Minh qui se sont réfugiés dans les montagnes.
L'Etat Major du 1/110ème R.I et les postes de commandement des compagnies ainsi que l'infirmerie vont s'implanter dans la Citadelle.
La 1e Cie essentiellement composée de Chasseurs Alpins va se fixer dans la zone montagneuse du centre Annam. Ils vont crapahuter dans un secteur hostile, dangereux, dans lequel se sont réfugiés un grand nombre de maquisards Viet. Les autres unités sont utilisées à la poursuite de la pacification du centre Annam, dans les plaines rizicoles situées entre les montagnes et le littoral.

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- Thânnkhé - en montagne jusqu'au 7 novembre 1947, date de dissolution du 1/110ème R.I.
Le fait le plus marquant est la participation de 2 groupes sur 3, de la section, à la plus importante opération de notre séjour en Indochine.
Après recoupement de renseignements obtenus aux cours d'interrogatoire de prisonniers par le 2e Bureau, l'Etat Major apprend, avec certitude, l'existence d'un centre d'instruction de plusieurs centaines jeunes annamites dans la région de Quang-Tri, entre Hué et Dong Hoï, au pied de la montagne dans une zone boisée avec végétation dense.
À l'époque l'Armée Française en Indochine ne disposait d'aucun moyen aérien de reconnaissance et de chasse.
Le 29 septembre, au lever du jour, un véhicule vient récupérer les 2 groupes avec équipement complet de fantassin. Le Sergent Bricou, adjoint de l'Adjt Bourson, commande l'ensemble. La seule information fournie au départ : participation à une opération de plusieurs jours.
Au cours du trajet vers Qaung-Tri, les véhicules se regroupent et le convoi devient très important à l'approche de Quang-tri. Le convoi quitte la route à gauche, vers la montagne, sur une piste cahoteuse bordée de rizières. Celles-ci dépassées, le convoi s'arrête et la progression reprend à pied. Peu après nous nous trouvons devant un début de jungle où la progression est stoppée.

L'ensemble des groupes est déployé, sur plusieurs centaines de mètres, en demi-cercle, prêt pour le ratissage. Ordre est alors donné de mettre sac à terre et de nous ravitailler.
Après une longue attente, nous entendons et apercevons, venir vers nous, 3 DC3 ou C47 (avion de transport) volant à basse altitude. Nous recevons l'ordre de départ. Devant nous les DC3 larguent 3 sticks de parachutistes de la 13e D.B.L.E. (Demi-Brigade de la Légion Etrangère).

Nous sommes déployés en demi-cercle aux abords du camp. Devant rester sur place, plusieurs jours et nuits, nous organisons nos positions et creusons nos trous individuels de protection et de défense. Des sentinelles de garde sont placées ainsi que des sonnettes d'alarmes (tout objet métallique accroché de manière à faire du bruit dès que l'on touche les fils). Dès la nuit tombée, une salve d'obus de 105 passe au-dessus de nos têtes pour exploser devant nos emplacements et vers le pied de la montagne où se sont réfugiés presque tous les cadres du centre d'instruction. Plusieurs fois dans la nuit, de nouvelles salves seront tirées pour une protection de nos positions, vu nos faibles moyens et les craintes du commandement d'une contre-attaque pour la reprise du camp.

La majorité d'entre-nous n'avait vécu cette situation, d'entendre le chuintement des obus passant au-dessus de nos têtes pour exploser un peu plus loin. En la circonstance, on fait corps au maximum avec le fond du trou dans lequel on reste allongé et l'on espère que les artilleurs nous ont bien repérés sur leur carte de tir.
Le lendemain matin, les trous ont été un peu plus creusés sans qu'aucun ordre ne soit donné !
La fouille des pagodes, paillotes et des abords du camp, est organisée avec toutes les précautions. Deux jours seront nécessaires pour ne découvrir aucune arme. Par contre 115 cadavres d'hommes et de quelques femmes sont répartis dans le camp et ses abords au travers une dense végétation. Avec la chaleur, rapidement, les corps gonflent et explosent un peu partout. Une odeur pestilentielle accompagnée d'un nombre incalculable de mouches règne sur le camp Des inspecteurs et photographes de la police judiciaire d'Hué arrivent pour tenter d'identifier les annamites tués par les parachutistes.

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Faits marquants à Suzanne 1 :

- Le 28 novembre 1947, la patrouille de reconnaissance constate 2 coupures de la voie ferrée et 3 de la route au pied du col des " Etoiles ". Avertissement pour nous de la présence des Viets dans ce secteur.
- Le 14 décembre, au cours d'une opération de 2 jours hors secteur, 2 supplétifs sont blessés et hospitalisés à Hué.
Le 24 décembre, le poste reçoit quelques coups de feu d'un élément de passage, sans doute pour nous souhaiter un bon Noël !

- Le 18 février 1948, au cours d'une patrouille de jour, en file indienne et à découvert, 2 Viets armés qui nous observaient en bordure de brousse sont abattus par 2 gars du commando qui progressaient en parallèle. L'embout de leurs fusils débordant le fourré avait signalé leur présence.
- Le 19 février, une patrouille plus importante est mise sur pied par l'Adjt Bourson et son nouvel adjoint, un jeune Sergent Chef issu des Enfants de Troupe. Cette patrouille se dirige vers le même secteur que la veille et en direction de la montagne. Dans un début de gorge, sur terrain accidenté, un feu nourri d'armes automatiques nous reçoit. Tout le monde plonge dans le lit d'un ruisseau asséché et ouvre le feu. Plusieurs supplétifs, la tête contre le sol, tirent n'importe comment sans viser. L'Adjt. Bourson, très certainement repéré par un tireur d'élite, tombe, blessé à l'épaule gauche. Roger, à proximité de lui, se rapproche en rampant sous le feu des rebelles. Le bras de l'Adjt est inerte, l'orifice de sortie de la balle au creux de l'épaule gauche présente une plaie ouverte de 4 à 5 cm. Un sachet de sulfamide, vidé sur la plaie, ralenti l'écoulement du sang et évite l'infection. Un pansement placé devant et derrière complète les soins rudimentaires. Son ceinturon passé autour du cou permet de maintenir son bras en écharpe.
Devant l'intensité du feu Viet, l'Adjt ordonne le repli en ordre, sous la couverture des F.M. et avec utilisation du terrain. Après une centaine de mètres, à l'abri du tir des Viets, l'ensemble du commando se regroupe et se dirige vers le poste. Un supplétif tué est abandonné sur place, son arme récupérée.
L'Adjt Bourson est évacué sur l'hôpital d'Hué. Visité au cours d'une liaison, il nous apprend que le nerf sectionné n'a pu être récupéré et qu'il va être rapatrié. Plusieurs heures se sont écoulées, avant l'arrivée à Hué, aggravant ainsi la blessure.
- Le 20 février, une opération montée à l'échelon secteur, sur les lieux de l'embuscade, ne rencontrera aucun Viet. La faiblesse des effectifs, l'absence d'appui aérien, d'observation et de protection des troupes au sol, l'opération n'ira pas plus loin. Sur les lieux où le supplétif a été tué la veille, nous découvrons une tombe avec une croix latine portant l'inscription " ci-gît un soldat français ". Déterré, le corps sera rendu à sa famille.

L'analyse de ces 3 jours d'opération prouve la ruse des Viets. Ils se doutaient bien qu'après la 1e embuscade, les troupes françaises reviendraient sur le terrain pour l'explorer. Ils nous attendaient ! Ils se doutaient aussi que le lendemain (20 février), les troupes reviendraient avec du renfort important d'où leur départ et bien sûr leur absence sur les lieux de l'escarmouche.

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L'Algérie

A Batna, le PRGM en renfort est du département de la Saône et Loire. Peu après son arrivée, un groupe est transporté au village de Victor Duruy avec les deux gendarmes : Carré et Roumieu. Ces derniers sont chargés des enquêtes judiciaires de cette commune. Ils sont logés dans un local de la commune, avec couchage sur lit "Picot". La popote est assurée par un "cuistot volontaire" du groupe avec les denrées alimentaires achetées avant le départ.
Deux familles Pieds Noirs, exploitantes agricoles, résident dans ce village en parfaite entente avec de nombreuses familles musulmanes vivant de la terre et de l'élevage de moutons. Cette commune est située en zone sensible au bas d'une montagne. Le Maire, également exploitant agricole et dont l'épouse est institutrice, a obtenu du Sous Préfet, cette protection. Des patrouilles de jour et de nuit sont effectuées, ce qui rassure la population.
Les deux gendarmes locaux sont relevés tous les 15 jours. Après la 2ème relève, un élément militaire prend position et le groupe revient à la brigade.
Des véhicules arrivent pour remplacer les anciens. La section se voit attribuée un camion Citroën U55, un 2ème fourgon Renault. La brigade, d'une Jeep, un 4x4 Renault et une Savane 2 ponts à qui parfois on enlevait les portes par mesure de sécurité, afin d'être plus libre dans les mouvements en cas d'attaque.

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En fin d'année 1955, l'effectif des brigades est augmenté par de jeunes gendarmes sortants des écoles.
Le recrutement en France s'est intensifié. Cinq gendarmes sont affectés à Batna.
Le nombre d'unité militaire est croissant sur l'arrondissement de Batna. Le 2ème R.E.P. (Régiment Etranger Parachutiste - la Légion), le 9ème R.C.P., le 7ème R.T. A. (Tirailleur Algérien).
Dès la mise en place de ces unités, la brigade cesse de désigner des gendarmes pour accompagner la troupe. De nombreuses opérations sont effectuées avec peu de résultat. Les petits groupes de rebelles des années 54, 55, 56 sont trop faibles en effectif et armement (quelques fusils de guerre et beaucoup de fusils de chasse). Ils évitent le contact avec les unités en opération et préfèrent les embuscades sur des véhicules isolés, civils comme militaires, les actions violentes de nuit contre les petits colons isolés et non protégés, assassinats, incendies, etc ....

Au fil des années, l'effectif du F.L.N. (Front de Libération Nationale) prend de l'ampleur sur tout le territoire algérien. Son armement hétéroclite est remplacé par des armes récentes fournies par des pays arabes dont ses voisins.
Armement fabriqué pour la plupart par des pays Occidentaux, intéressés par le pétrole du Sahara découvert par la France.
Du côté français, il en sera de même. Le rappel des contingents des classes récemment démobilisées et des unités rapatriées d'Indochine viendra augmenter le nombre des régiments.

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L'aviation de chasse et surtout d'appui sol interviendra et sauvera de nombreuses vies humaines. Les hélicoptères, dont la mission première est de transporter les blessés des 2 camps vers les hôpitaux, s'adapteront aux combats, grâce au génie de leurs mécaniciens. En collaboration avec la Chasse de l'Armée de l'Air, ils deviendront une arme redoutable pour secourir les unités accrochées par de puissantes bandes de fellaghas. Ils serviront aux transports rapides de renfort, déplacement des paras d'un point à un autre, etc ....
C'est la première fois, dans le monde, que les hélicoptères sont armés.
Ils seront copiés par de nombreux pays dont les Etats-Unis pour leur guerre au Viêt-Nam.

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L'attaque du car - 1957

Lors du repas, le soir de leur arrivée, au cours des propos échangés, Mme Dzuilka relate le décès d'un gendarme en 1957, sans insister devant les enfants qui écoutent. Son mari change rapidement de conversation.
Le lendemain, il relate les circonstances du décès de ce gendarme. Au retour d'une mission à Bougies, dans le car assurant la liaison avec Adékar, il remarque 4 kabyles sur la route, vêtus de leur gandoura. Le bras levé ils demandent au conducteur de les prendre. Apparemment ils ne portent aucune arme sur eux. Le gendarme se lève avec son P.M. (pistolet mitrailleur MAT 49) à la main. Dès la porte ouverte, un kabyle le met en joue et tire avec une arme de chasse. le gendarme tombe mortellement blessé. En hurlant les kabyles font descendre les voyageurs. C'est alors que Mme Dzuilka assise au fond du car ramasse le P.M. et ouvre le feu sur les individus qui s'enfuient rapidement. Le corps du gendarme est déposé au poste dès l'arrivée du car.
Les enfants du couple ignorent les faits et le comportement de leur mère qui a sauvé la vie des autres passagers et la sienne en premier.
Par la suite, le commandement autorise épouses et enfants à monter dans les véhicules de l'Arme et être accompagnés de deux gendarmes pour les liaisons avec Bougies.
Plus tard, devant la forte évolution des activités du F.L.N., la circulation civile est interdite et les convois sont organisés sous la protection de l'Armée et d'un avion T6 de l'Armée de l'Air.

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Embuscade

Courant décembre 1961, au retour du convoi de ravitaillement de Bougie, deux véhicules civils du village de Yakouren (hors circonscription) vers Azazga (département d'Alger) sont escortés par les militaires et les harkis de la S.A.S. La nuit approche et à 10km d'Adékar, le petit convoi tombe dans une forte embuscade.
Le P.C. du bataillon alerté par le radio du blindé regroupe une section de tirailleurs et de harkis de la S.A.S., escortée de deux Half-Tracks. Ils se rendent sur place et constatent le drame. Les cinq militaires des blindés légers et les harkis sont découverts sans vie dans et autour des véhicules. Tout l'armement et le poste radio ont été emportés. Les corps sont ramenés à Adékar et après identification en présence des gendarmes, transportés à la morgue de l'hôpital de Bougie.
Le lendemain, au lever du jour, une opération de ratissage est effectuée par des éléments venus de Tizi-Ouzou et ce sans résultat. Les gendarmes établissent le constat. Le dodge est en travers de la route, les pneumatiques sont crevés, du sang un peu partout, le blindé est couché dans le fossé, la mitrailleuse de 50 a disparu. Autour des véhicules et à l'intérieur de nombreux étuis de munitions attestent de la défense des harkis et tirailleurs. Le convoi a été mitraillé à la sortie d'une courbe serrée, dans une zone montagneuse.
Les deux véhicules civils revenus sur place portent des impacts de balles. Aucun des occupants n'a été blessé. Dès le versement du blindé dans le fossé, les conducteurs ont accéléré et éteint leur phare.
Etaient-ils complices?

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Dimanche 31 octobre 1954

Les repos du dimanche sont peu nombreux à la brigade. La police de la route, les services d'ordre aux diverses manifestations sportives, les fantasias, méchouis réclament du personnel.
Lorsque cela arrive et que Louisette et Denise n'ont rien prévu, leurs voisins MM de Ligati et leurs 3 enfants les invitent l'après-midi à une promenade en ville. Cette promenade se termine au retour par une pause à la terrasse d'une brasserie, où une bonne glace "maison" est dégustée tout en plaisantant et en regardant passer une diversité de gens insouciant et profitant du beau temps.
Le dimanche 31 octobre 1954, Roger est au repos et les deux couples Roumieu/Ligati décident d'aller au cinéma voir le film de 16h.
A la sortie, Roger se détache du groupe pour se rendre à la brigade et vérifier son service du lendemain. Sur le tableau il est désigné avec l'OPJ Estève, pour une tournée de nuit avec un départ à 0h à bord d'un véhicule comme moyen de transport.
Au gendarme Chanoué, planton, il demande si Estève a prévu un départ différé. Il répond qu'Estève n'est pas encore passé voir son service. Le départ sera donc celui prévu à 0h. Roger rentre rapidement prendre son repas et se reposer en attendant l'heure de rejoindre la brigade.
Tous les gendarmes, logés hors la caserne, possèdent un double de la clef d'entrée de la caserne pour éviter de déranger le planton.

A 0h., à la brigade, Roger range sa bicyclette dans la cour et remarque la lumière à la porte vitrée du logement d'Estève. En attendant, il ouvre les portes du garage de la Renault.
Après la poignée de main, l'OPJ lui fait remarqué qu'il aurait pu monter le voir la veille et qu'ils seraient partis à 3h du matin au lieu de 0h.. Roger lui répond qu'il n'a pas voulu le déranger.
En plus de son arme de service, Estève a dans les mains son fusil de chasse et annonce qu'il tentera de tirer quelques perdrix dans un endroit qu'il connaît.

C'est la première tournée de nuit qu'ils effectuent à bord du véhicule de la brigade. La ville est traversée en direction de Biskra. Batna est déserte, aucun véhicule, aucune personne n'est remarquée comme lors de son parcours à bicyclette entre son domicile et la brigade distante de 800m environ.
Sur la route, la circulation est très réduite. A 15 km de Batna, vers Mac Mahon, avant de prendre à gauche une piste routière qui mène au douar dans lequel enquêtes et auditions doivent être menées, Estève arrête le véhicule au bord de la route pour satisfaire un besoin naturel. Il s'écarte dans un champ. Juste après, au loin en provenance de Batna, des phares annoncent l'arrivée d'un véhicule. Estève, avisé, demande de l'arrêter pour contrôle. Il se presse et arrive juste après l'arrêt. Quatre jeunes hommes sont à bord et présentent leur papier d'identité et documents de la voiture. Estève parle arabe et reconnaît le conducteur qui est le fils d'une bonne famille musulmane de la région d'Arris. Il est accompagné de 3 cousins. Tout est en règle, le véhicule, genre taxi parisien d'avant-guerre, repart. Les gendarmes aussi.
Estève donne le contenu de sa conversation. Ce sont des jeunes issues de familles notables de la région. Estève trouve bizarre qu'ils se rendent à Alger en pleine nuit !
Des arrêtés de surveillance sont effectués tant sur la route nationale que sur les pistes routières du douar de Bouzina. Aucun fait marquant à signaler.

Dès le lever du jour, sur une piste cahoteuse aux abords broussailleux, la voiture avance doucement. Estève le fusil en main prête attention au départ du gibier, mais ce dernier est absent.
Vers 8 heures, ils rendent visite au Ouakaf (chef de village) qui se charge de faire venir à nous les personnes qui font l'objet de nos auditions et enquêtes. La conversation s'engage en arabe avec Estève. Peu après une gamine apporte un plateau avec café et des dattes sèches. Le travail terminé en fin de matinée, ils se dirigent vers la commune de Victor Duruy à 20km au sud-ouest de Batna.
Le garde champêtre, ancien combattant de la 1ère Armée qui a fait la campagne d'Italie, leur offre également le café et un morceau de galette. Après quelques auditions, ils rentrent à la brigade.

Arrivé au portail d'entrée des véhicules, Roger descend. Il monte sur une borne en pierre à l'angle du mur du portail, passe le bras au travers des grilles et atteint la sonnette afin que le planton vienne ouvrir. Il remarque dans la cour de nombreux gendarmes en tenue de maintien de l'ordre, culotte et leggings (guêtres), fusil à l'épaule et casque au ceinturon. Revenu vers Estève, il lui rapporte ce qu'il a vu dans la cour et ajoute "nous sommes rentrés trop tôt, ils se préparent à partir".
Le véhicule entre et s'arrête de suite devant le bureau de la section. Le capitaine Bourgeois arrive les bras en l'air en disant :" ils sont là, ils ne sont pas morts !". Il est un peu plus de 14h et c'est alors que Roger et Estève ont connaissance du départ de la rébellion dans les Aurès et en particulier à Batna.
A Batna, où vers 3h du matin, les sentinelles du 9ème R.C.A. et de l'élément d'Artillerie ont été tuées.

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Nuit du 1er novembre 1954 à la Brigade

A 0h 00 : départ de la patrouille Estève-Roumieu (voir épisode précédent)
A 2h55, appel téléphonique du Cdt de brigade de Biskra, il relate les attaques du commissariat et des bâtiments municipaux.
A 3h fin de la communication.
A 3h01, le capitaine ordonne au planton d'appuyer sur toutes les sonnettes des logements de la caserne et de le mettre en contact avec le Cdt de brigade.
Le personnel rassemblé en arme est mis en position de défense de la caserne.
Toute la nuit, le capitaine est en contact téléphonique avec le colonel de Constantine, le Sous-Préfet, le colonel commandant la Place et toutes les brigades. Seules les brigades d'Arris et T'Kout ont été mitraillées.
A 4h, 3 blindés, des automitrailleuses, de l'Escadron de Gendarmerie Mobile arrivent et patrouillent en ville jusqu'à 7h, sans problème.
Au jour levé, la circulation reprend, la population ignore tout. Elle apprendra par la presse du mardi les évènements tragiques de l'insurrection du lundi 1er novembre 1954.

Dans le Constantinois, l'arrondissement de Batna a été le plus touché.

Biskra : attaque des bâtiments municipaux, du commissariat et du central téléphonique - 4 blessés.

Batna : mitraillage des postes de garde des casernes du 9ème R.C.A. et des artilleurs,
deux sentinelles tuées.

Kenchala : mitraillage de la caserne de la compagnie de Spaïs,
deux tués - une sentinelle et un officier qui arrivait dans la cour.

Arris et T'Kout : mitraillage des 2 casernes - aucune victime.

Evènement nouveau

En 1956, au cours d'une opération dans les Aurès, des fellaghas sont capturés par les Paras du 9ème R.C.P.
Au cours des interrogatoires, un prisonnier du FLN déclare avoir participé à l'action sur Batna, durant la nuit du 1er novembre 1954.
Il précise qu'ils étaient une quinzaine, armés de Statti (fusil de guerre italien) et de fusils de chasse avec chevrotines (plomb de chasse gros calibre pour gros gibiers - sangliers, cerfs, …).
Ils étaient partagés en 3 équipes, chacune avec un objectif.

Caserne 9ème RCA : neutraliser la sentinelle, récupérer son arme et celles du poste de garde.

Caserne des Artilleurs : même mission

Gendarmerie : neutraliser l'équipe d'intervention à sa sortie. Arrivée devant la brigade et constatant les fenêtres éclairées, l'équipe n'est pas intervenue. Le capitaine a été bien inspiré de réveiller toute la caserne. La patrouille de nuit a eu beaucoup de chance de partir à 0h et non pas à 3h. !
Sous deux aspects, le premier étant qu'en sortant à 3h, la patrouille aurait pu involontairement déclencher l'attaque car les rebelles auraient pu se sentir découvert et le deuxième en rentrant vivant après toutes ces attaques et de n'être pas tombé dans une embuscade au retour des missions des rebelles.
De là une grande amitié entre les couples Estève et Roumieu.

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Journée du 1er novembre 1954 - Gorges de Tighanimine

Un car de transport public, venant de Biskra, se dirige vers Arris et s'arrête à M'Chouneche devant l'école et une épicerie musulmane. Le couple d'instituteurs, M.Mme Monnerot et le caïd de la région, Hagj Sadok (Hadj, titre portée par une autorité musulmane ayant effectué le pèlerinage de La Mecque) montent à bord du car dès son arrivée.
A quelques km de là, vers 7h du matin, le car est arrêté par un groupe de rebelles. Ils font descendre le couple et le caïd. Ce dernier, non impressionné, leur reproche de se conduire comme des bandits de grand chemin et de s'en prendre aux jeunes enseignants. Sortant son revolver, il est abattu d'une rafale de mitraillette qui touche aussi le jeune instituteur à la poitrine et son épouse à la hanche. Elle seule survivra.
Le corps du Caïd est jeté dans le car qui reprend sa route. Arrivé à Arris, informé, le Maire de la commune mixte (collège franco-musulman) organise avec la gendarmerie et des éléments armés de la communauté, une patrouille de secours.
Sur place, M de Monnerot sera relevée et placée à bord d'un véhicule ainsi que le corps de son mari qu'elle a vu mourir à ses côtés.
Après les premiers soins à Arris, elle sera hospitalisée à Batna, puis à Constantine, avant d'être rapatriée en France. Il en sera de même pour son mari.

source: (Gérard Soumillon - 2010)






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