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dernière mise à jour le 12 mai 2012


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MISSIONS RAV en ALGERIE

La mémoire des anciens

MISSIONS RAV en ALGERIE
Par CNE Paul CLARY


En février 1957 je quitte la Base radar de DOLE-TAVAUX où j’étais affecté après mon retour d’Indochine en 1954. et suis affecté au Groupe de maintenance des moyens techniques de l’Armée de l’Air (GMMTA) de BARAKI , au sud d’ALGER , zone classée « insécurité ». Ma famille me rejoint et nous disposons d’un pavillon de fonction sur la base.
En janvier 1961, je suis désigné pour un séjour en Détachement de terrain opérationnel ( DTO 37/540) basé sur l’Aérodrome de LAGHOUAT dans le sud- algérien. Ayant effectué le voyage par avion militaire jusqu’à OUARGLA, je rejoindrais LAGHOUAT par la route, 200 km de traversée merveilleusement désertique en passant par la ville de toutes les couleurs de GARDAIA. Cette base comprend un détachement d’une cinquantaine d’hommes, sous le commandement du Capitaine BEJO, elle est administrée par la BA 215 – OUARGLA. Ma famille se replie en logement militaire à BIRMANDREIS, dans la banlieue d’ALGER.
Le détachement dispose d’une escadrille d’avions de reconnaissance aérienne à vue, pouvant intervenir éventuellement en « appui sol » soit, trois avions Max-Holste Broussard du GSRA 76 et deux bi-moteur Dassault 315 du GOM 86. Occasionnellement aussi, trois ou quatre chasseurs-bombardiers T 6 ,T,28 ou Skyreeder basés à DJELFA, viennent renforcer ce potentiel aérien sur alerte des avions de reconnaissance.
La zone opérationnelle se situe au nord-ouest de LAGHOUAT, sur les djebels Mimouma, Taggout, ainsi que Yacoub , Chaba.et Tadjerouna.Les trois Broussards participent uniquement à la reconnaissance aérienne à vue (RAV) pour des missions quasi journalières.
N’étant que titulaire d’un brevet militaire de pilote de planeurs, obtenu en 1950 à la Base aérienne 740 –NANTES et ne pouvant pas poursuivre mon entraînement en Algérie, je souhaite pouvoir continuer à voler et fais part de mon désir aux pilotes affectés, d’ailleurs pas assez nombreux pour mettre en œuvre simultanément tous les appareils. C’est ainsi que, étant « adopté », je participerais à des missions de reconnaissance aérienne à vue (RAV) en Broussards, principalement en co-pilote-observateur et parfois servant de la mitrailleuse 7,5 ou largueur des petites bombes incendiaires, armant l’avion.
Dès mon arrivée, je me lie d’amitié avec l’adjudant RAMA, un pilote de haut niveau polyvalent, pouvant passer au pied levé d’un Broussard à un D.315 , C 47 Dakota ou Nord 2501. Notre amitié sera d’autant plus forte que nous partageons les mêmes sentiments « Algérie française » !
A LAGOUHAT, je vis de loin le putsh des Généraux le 22 avril 1961 mais, les missions se poursuivent.
Je raconterai l’une d’elle qui m’a laissé un certain souvenir. Un beau matin, nous décollons vers 08h00 avec le Broussard N° 228, l’adjudant RAMA comme pilote et moi en co-pilote, assurant de plus la mitrailleuse et le dispositif de largage bombes. Cap sur les djebels, plus d’une heure de vol pour arriver sur les lieux, RAMA décontracté comme à son habitude me laisse piloter, ayant mis les pieds sur le tableau de bord et lisant un bouquin « série noire ». Vers 09h00, zone rebelle en vue, RAMA reprend les commandes et pendant plus d’ dune heure ce sera un vol plus qu’acrobatique où pour repérer les grottes où se réfugient les fels, il faut descendre au ras du sol, plongeant entre les massifs, passant souvent en tranche entre les rochers, n’ayant pas la place pour faire autrement. Il faut vraiment un virtuose comme RAMA pour effectuer une telle sarabande !.. A vrai dire je ne suis pas très rassuré !... Nous notons sur la carte les objectifs repérés et passons les coordonnés au Poste de commandement avancé (PCA) qui, décide éventuellement de l’intervention des chasseurs-bombardiers pour leur destruction ou une intervention au sol par hélicoptères. Les Fels se planquent dès l’écoute du moteur des avions !.. A un moment donné, nous repérons une zone de hautes herbes sèches, RAMA me dit : « la dedans les fels sont planqués » . Il me demande de mettre en œuvre le largage de bombes pour y mettre le feu. Premier passage, j’actionne la commande de largage mais, aucune bombe ne se décroche. On revient par un second passage, rien à faire. RAMA est furieux : « pas moyen de faire la guerre s’esclame t-il !. ». Au troisième passage, j’arrose le site suspect avec la mitrailleuse 7,5 puis cap vers le désert pour se poser au pied d’un poste de la légion étrangère qui ont aménagés une piste de fortune.. Réception royale comme d’habitude, bon casse-croûte et vin rouge 14 ° !..Avec la Légion il faut se méfier, on vraiment pas sur de repartir en



« bonne état » - Vers 11h00, décollage et retour à LAGHOUAT en basse altitude. Sur ordre de RAMA j’envoie une rafale de 7,5 sur une vache échappée sans doute d’un troupeau camouflé quelque part situé en zone « interdite ». On a l’ordre de « neutraliser » tout ce qui bouge !..Un coup de radio au poste de la Légion, pour qu’ils viennent récupérer la bête !.. Toujours çà de bon pour améliorer l’ordinaire, bien que ces bêtes n’ont que la peau et les os !...
Retour tranquille sans trous de balles dans le fuselage comme cela se produit parfois ! On se retrouve au Mess pour l’apéritif avant le déjeuner. Une mission accomplie, parmi d’autres nombreuses que j’effectuerai parfois en Dassault 315 vers le grand sud algérien : OUARGLA-TOUGOURT- EL GOLEA- EL OUED…, jusque vers le site des essais nucléaires. Mais ce dont je préfère est le Broussard que je peux piloter. J’effectuerai d’autres missions avec les Broussards N° 187 et 191, et 47 missions sur C 47 et N 2501 pour des liaisons sur ALGER.( chargé de certains approvisionnement techniques pour le fonctionnement du DTO), avec les avions de transport assurant une ligne régulière, à partir du grand sud.
La vie à LAGHOUAT est agréable, très conviviale entre officiers (peu nombreux) et sous-officiers. Le mess est commun Le samedi soir on a plaisir de se retrouver au cercle de garnison en ville, autour de la piscine pour des soirées dansantes, avec les fonctionnaires civils. Bien que ce ne soit pas officiellement autorisé, quelques épouses, dont la mienne, soit de métropole, soit de la région algéroise, viendront effectuer de cours séjours, ce qui donnera encore un peu plus d’ambiance, pouvant séjourner et prendre leur repas au mess -mixte de la base. Une ligne aérienne régulière d’Air Algérie, dessert LAGHOUAT, GARDAIA et OUARGLA.
La garnison est tenue par la Légion, les fels ne s’y frottent pas.
Cette ambiance sera ternie en juillet par la mort d’un Sous-officier qui pris dan une tempête de sable en voiture, percute un autre véhicule. Pour se protéger du sable,il faut porter des lunettes étanches, insupportables par la chaleur .qui nous oblige à boire énormément.
Mon ami RAMA sera promu adjudant – chef et sous-lieutenant simultanément la même année.
RAMA excellent pilote est aussi un joyeux luron et ensemble nous aurons l’occasion de passer de bons moments, étant de bons clients du foyer de la Légion !...
Bien des années plus tard, alors que je suis en Alsace, à la Base aérienne 132, j’irai rendre visite, à mon ami RAMA, hospitalisé à Versailles, promu capitaine. Quelques semaines après j’ai la tristesse d’apprendre son décès. On ne choisit pas son destin. J’en conserverai un souvenir inoubliable.
Un autre fait que je me dois de relater. Un jour du mois de juin 1961, on est informé qu’une personnalité doit se poser sur l’aérodrome. de LAGHOUAT , je fais mettre en place un véhicule de secours incendie en bordure de piste pour être prêt à intervenir si besoin. L’avion, un Beechcraff 90 du GLAM, fait un atterrissage sur le ventre dans une gerbe d’étincelles! Le pilote a omis d’actionner la commande de train d’atterrissage !.. Pendant que la lance du véhicule incendie arrose à la mousse le fuselage, j’aide les occupants à descendre et, surprise, la personnalité n’est autre qu’Olivier GUICHARD, ministre chargé des territoires du sud algérien. Il sera pris en charge pas les autorités locales.
Dans les années 1980, 20 ans plus tard, Olivier GUICHARD assume la présidence de la région des Pays de la Loire. Au cours d’une réunion publique à VERTOU, dans la région nantaise, je me permets de lui adresser la parole et lui rappelle son atterrissage mouvanté à LAGHOUAT en 1961. Il sera heureusement surpris de cette rencontre et nous échangerons de chaleureux moments.
Fin 1961, ayant été nomme adjudant, je suis affecté à la Base aérienne 141 d’ORAN-LA SENIA, adjoint au Chef du service sécurité-. La base comporte un groupe de bombardiers B 26 et une escadrille de chasseurs-bombardiers T6, mise en œuvre partiellement par des pilotes réservistes. L’un deux se fera remarquer par son décollage clandestin un dimanche matin pour aller bombarder le PC du FLN à OUJDA, sur la frontière marocaine. Une affaire qui fera du bruit ! Le pilote ayant ensuite rejoint l’OAS ! J’aurais encore l’occasion d’effectuer des missions en Broussard, pour des liaisons avec des bases opérationnelles.
Je vivrai le 19 mars et les honteux et tragiques évènements qui en découleront, notamment le 5 juillet 1962 à ORAN où,consignés dans nos quartiers et désarmés, nous laisserons massacrer des centaines d’oranais… merci de Gaulle et Pierre Messmer !...
Je demande mon rapatriement d’Algérie et rejoint la métropole en août 1962 étant affecté à la BA 132 –COLMAR-MEYENHEIM où stationnent des escadrons de Mirage IIIC. Je recommence à voler au sein de la section militaire de vol à voile et vol moteur, où j’obtiens le brevet de pilote avion.
Une nouvelle page de ma vie militaire vient de se tourner. Une autre commence, mais c’est une autre histoire….

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