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Hommage au Général Roger EMIN
Mon Général,
Nos routes se sont croisées plusieurs fois au cours de nos carrières avant de nous retrouver membres de l’Association des Combattants de l’Union Française à laquelle vous avez tant donné.
Saint-Cyrien de la promotion Général FRÈRE, 1948-1950, vous choisissez les troupes coloniales pour servir dans l’artillerie et dès le début de l’année 1953 vous êtes en Indochine au 4° Groupe d’Artillerie Vietnamien. C’est ainsi que nos routes se sont croisées une première fois au Centre-Annam en juin 1954, quand avec nos unités respectives, nous avons participé au sauvetage du Groupement Mobile 100, autrement dit le Bataillon de Corée, voué à une disparition certaine et totale. Déjà, vos qualités de chef et de combattant sont reconnues puisque vous êtes cités trois fois avant votre affectation au Commandement de l’artillerie de la 4° Région vietnamienne. Vous recevrez aussi la Croix de la Vaillance vietnamienne avec Étoile de Vermeil et la Médaille d’Honneur du Mérite Vietnamien.
Vous aimiez évoquer avec moi cette période, ces combats et ce pays qu’aiment tant ceux qui le connaissent.
De cette époque date votre rencontre avec Jeannine Dintinger, assistante sociale, titulaire de la croix de guerre des Territoires d’Opérations Extérieures, connue à Kontum, en Indochine, et le Père Bianchetti à célébré votre union à Paris en mars 1955 dès votre retour.
C’est ensuite l’Algérie, au Centre d’instruction de pacification et de contre guérilla (CIPCG) à Arzew, puis Philippeville où nos routes se croisent pour la seconde fois alors que vous servez au Centre d’entraînement à la guerre subversive (CEGS) et moi-même à quelques centaines de mètres au 14° Régiment de Chasseurs Parachutistes. Puis vous réintégrerez l’artillerie au 2° Régiment d’Artillerie de Marine avant de servir au 6° Régiment de Spahis. Vous obtiendrez en Algérie une 4 ° citation.
De retour en métropole, entre vos différentes affectations, vous effectuez le parcours des meilleurs, l’École Supérieure de Guerre en 1967 (80° promotion), l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, le Centre des Hautes Études Militaires. Grâce à vos compétences , vous intégrez le cabinet militaire du Ministre de la Défense Yvon Bourges où vous montrez de remarquables qualités d’analyste avant d’être nommé Attaché de Défense à Rome de 1980 à 1983. Là encore vous saurez porter à leur plus haut niveau les relations militaires franco-italienne, vous développerez une très belle fraternité d’armes, cela vous vaudra d’ailleurs d’être nommé Officier de l’Ordre du Mérite de la République Italienne.
C’est à votre retour d’Italie en 1983, alors que vous êtes nommé Directeur de la Recherche à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (la DGSE, les services secrets) où je servais déjà que nos routes se sont croisées à nouveau et je me souviens de la pertinence de vos questions au cours d’un entretien lors d’un de mes retours de mission. Selon le jugement du directeur général de l’époque, l’Amiral LACOSTE, vous vous révèlerez un remarquable directeur de la recherche doté d’étonnantes capacités d’analyse. C’est dans cette fonction que vous serez promu Commandeur de la Légion d’Honneur en 1986, Commandeur de l’Ordre du Lion du Sénégal et Grand Croix avec Étoile du Mérite de la RFA en 1987.
Votre besoin d’action ne s’arrête pas au moment de la retraite et vous rejoignez l’Association des Combattants de l’Union Française pour y retrouver vos camarades de combat. Encore une fois, nous nous retrouvons. Président d’honneur de la section de Beaujeu et depuis 1990, durant 18 ans, membre du comité directeur et vice-président national de notre association, vous avez toujours été attentif aux problèmes de nos camarades. Sans cesse vous avez sillonné la région pour apporter votre aide bienveillante à ceux qui vous sollicitaient et vous avez toujours été un conseiller avisé du Président. J’ai moi-même bénéficié de votre soutien quand malgré vos problèmes de santé vous avez tenu en octobre dernier à participer à notre congrès national. Je ne saurai jamais assez vous remercier de l’aide apportée pour sauver notre association.
Dans un raccourci dont vous aviez le secret, « On m’a volé mon passé » vous énonciez récemment quelle blessure morale vous avait infligé le saccage de votre maison familiale, la destruction d’une partie vos papiers ainsi que le vol de vos souvenirs et de toutes vos décorations. Oui mon Général, on vous a volé votre passé, c’est la raison de l’absence sur votre cercueil de toutes vos décorations pourtant bien méritées.
Au nom de tous les membres de l’Association des Combattants de l’Union Française (ACUF), je vous dit toute notre tristesse de vous avoir perdu mais sachez, mon Général, que tous vos amis se souviendront de l’homme simple et discret que vous avez été et de la sympathie que vous leur avez toujours manifesté.
Au revoir, Mon Général, nous sommes encore appelés à nous revoir.
Alain de LAJUDIE
29 février 2008
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