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dernière mise à jour le 12 mai 2012


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En mission.... sous la banquise Artique

La mémoire des anciens

En mission….. sous la banquise Arctique



Lorsqu’en 1955 je souscrivis un engagement dans la Marine Nationale, je ne pouvais pas supposer qu’un jour je marcherais sur la banquise Arctique !!

Après quelques années de navigation sur des bâtiments de surface, dont le croiseur école « Jeanne d’Arc » (la vieille) je fis ma demande pour servir dans les forces sous-marines. Les sous-mariniers étant tous des volontaires reconnus aptes à la navigation sous-marine.

Je servis pour mes débuts à Lorient base de Kéroman, 2° escadrille de sous-marins, la 1° étant basée à Toulon en 3° région maritime. Cette base de Kéroman fut édifiée avec ses annexes dans les années 1941 à1944 (organisation TODT) plus de 15.000 ouvriers y travaillèrent. Elle se compose essentiellement, pour la partie sous-marins proprement dite, de 3 grands blocs en béton, baptisés K1, K2, K3 d’une moyenne générale de 140m x 120m x 20m de haut, le K3 servant particulièrement à l’entretien, le carénage des sous-marins (7 alvéoles fermées par des grosses portes blindées) Pour mémoire, de cette base les Allemands en firent un point d’appui très important :bataille de l’Atlantique, ou 1174 sous-marins allemands furent mis en service entre 1939 et 1945, 721 furent coulés, sur un total de 39.000 sous-mariniers, 32.000 disparurent.



Les sous-marins basés à Kéroman sont du type « NARVAL » dont voici les caractéristiques principales :

· Equipage : 7 officiers, 50 officiers mariniers quartiers maîtres et matelots.

· Longueur 77,63m, 7,82m de large, tirant d’eau 5,4m. Déplacement en surface1645 tonnes, en plongée 1910 tonnes.

· Armement : 8 tubes lance torpilles-14 en réserve, immersion opérationnelle 200m, autonomie 90 jours.

· Propulsion diesels propulsifs Schneider 2 temps (2 x 1618kw)



Les sous-mariniers ont une spécialité bien définie : torpilleur, mécanicien, électricien, radio, détecteur, manœuvrier, sans oublier le cuistot (indispensable dans la marine).

Il est certain qu’avec sa spécialité chacun connaît parfaitement le sous-marin, de façon à pouvoir réagir à tout incident, l’ensemble de l’équipage faisant un tout, depuis le « pacha » (le commandant) jusqu’au matelot.

La veille à bord est assurée aux différents postes par environ 1/3 de l’équipage, les 2 autres tiers étant soit au repos, soit à des occupations différentes. Cela 24h sur 24, dimanche et jours fériés. Du départ du ponton de la base de Lorient jusqu’au jour de retour, le sous-marin est opérationnel.

En ce jour du 18 mars 1965, il fait encore nuit, nous quittons la base de Lorient, les 2 sous-marins « NARVAL » et « DAUPHIN » accompagnés dans leur mission par le bâtiment de soutien logistique « RHÔNE » nous appareillons pour accomplir une mission au-delà du cercle polaire. Nous pénétrerons sous la banquise, notre base sera éloignée de plus de 1500 nautiques (1 nautique marin équivaut à 1852m) Notre commandant est un lieutenant de vaisseau (grade correspondant à celui de capitaine). Des équipements spéciaux nous ont été attribués, bottes en cuir fourrées, duvet garni de plumes d’oie, et équipement polaire, entre autres lunettes spéciales (réfraction du soleil sur la glace) Le plein en vivres est bien assuré, par ( beaucoup de congelés et surgelés) de l’eau douce, à consommer avec parcimonie.

Des P2V7 (avions Neptune) de la base de Lann-Bihoué seront stationnés à la base aéronavale américaine près de KEFLAVIK (Islande) pour exécuter des vols de reconnaissance de la banquise afin de nous transmettre des informations. Le sous-marin a de « grandes oreilles » il peut recevoir les messages d’où qu’ils viennent, mais il n’émet pas afin de ne pas dévoiler sa position, la discrétion étant sa principale force.



Après avoir rendu les honneurs à la marque de l’Amiral, commandant l’arrondissement maritime de Lorient, en faisant un garde à vous Tribord, la citadelle de Pont-Louis s’estompant à bâbord sera mes dernières images de notre site, nous allons terminer la navigation dans le chenal de sortie pour gagner notre élément, l’Océan.

Après des essais et des vérifications d’usage nous plongerons lorsque les fonds le permettront.

Tout d’abord une immersion périscopique pour s’assurer de la sécurité totale du sous-marin, et puis différentes manœuvres tant en vitesse qu’en immersion, ainsi que le test des différents appareils. Les essais étant concluants le sous-marin est opérationnel. Nous passons le détroit du Pas de Calais, la veille est renforcée, la navigation étant très intense celle-ci doit être précise, il faut être prêt à toute manœuvre intempestive d’un navire, en résumé il faut être prudent et bien respecter le code de navigation. Nous laissons ensuite sur bâbord les Iles Féroé, les Iles Shetland, à tribord les côtes de Norvège, et le 25 mars nous franchissons la ligne imaginaire du cercle polaire. L’équipage au grand complet, du « pacha » au matelot à droit à son baptême, celui-ci consiste à glisser dans le « tee-shirt » quelques glaçons, et nous passons à travers un cerceau. FRIGOLUS l’empereur des mers arctiques, consigne notre acte de baptême en date du 25 mars 1965. Pour ma part ce fût mon 3° baptême : le 1° sur les fonds baptismaux en Dordogne voilà quelques décennies… le second au passage de l’équateur et celui-ci. Je ne sais plus à quel saint me vouer !!



Après avoir pris les précautions d’usage, nous faisons surface !! Ouf !! De l’air pur, mais l’océan nous secoue un peu. Nous prenons des contacts radio entre autre avec notre bâtiment de soutien logistique basé en Islande à Reykjavik. Les fumeurs sont autorisés à venir dans la « cathédrale » (partie surélevée du sous-marin rempli d’eau en plongée) car à bord voilà longtemps que dans les lieux publics il y a « interdiction de fumer » Les aériens, c’est à dire les deux périscopes d’attaque et de veille sont hissés, le mât radar, l’antenne radio, ceux-ci pour une maintenance, l’eau de mer étant très corrosive. Nous faisons un point en latitude et longitude.

Un ensemble de glaces flottantes arrachées à la banquise par les courants marins et les vents, a fait son apparition, le voisinage de la banquise est proche. Nous ne tardons pas à plonger, nous serons mieux « dessous que dessus » Chacun est à son poste et redouble de vigilance, le sonar en action balaie la zone, son rôle consiste à signaler d’éventuels « floébergs » et icebergs (un floeberg est l’équivalent dans la terminologie glaciaire, d’un iceberg, mais il est constitué de glace de mer, alors que l’iceberg provient des glaciers terrestres.

La vie de sous-marinier s’écoule sans relâche, toujours active mais avec des moments de détente. Pour la circonstance nous avons embarqué un appareil de cinéma, et pour le personnel n’étant pas de quart, les séances se déroulent au poste torpilles (il n’y a pas même un strapontin) mais des torpilles pour s’asseoir !! Le petit écran blanc est tendu entre deux tubes lance-torpilles.

Nous faisons surface dans une « polyna » pour recharger les batteries, celles alimentant les moteurs électriques. Nous ne sommes pas à propulsion nucléaire !!

Dans cette « polnya » qui est un espace relativement limité, d’une faible épaisseur de glace, l’équipage peut aller à terre (plutôt à la glace) 2000 mètres d’eau sous nos pieds !! Il est agréable de respirer de l’air pur, et admirer cette immensité, où le silence règne, c’est beau, lumineux, la température est clémente, nous rêvons…..mais les ordres arrivent ! Tout le monde à bord !!



Le « Dauphin » en surface dans une « polnya »


le « pach »



Dans la première semaine d’avril, après avoir parcouru quelques centaines de nautiques, le retour s’amorce cap au « Sud » nous apprenons que nous ferons escale à Hambourg. A l’entrée de la mer du Nord, le temps « forci » un vent d’ouragan, et la mer se creuse, au cours d’une plongée nous avons mesuré des creux de 14 mètres de haut au sondeur de glace. La mer a une force inouïe, il en résulte quelques avaries, ce qui nous contraints à faire une escale en rade de STAVANGER (Norvège) pour des réparations de fortune.



Le 19 avril les côtes bretonnes apparaissent, le chenal, la rivière TER et nous voici amarré au poste 8. L’Etat-major de la 2° ESM est présent pour nous accueillir, maintenant tout n’est pas fini !! Il faut tout vérifier, débarquer, remettre de l’ordre dans le matériel, il y aura d’autres patrouilles, tous les incidents devant être signalés. Une partie de l’équipage partira en permission, une autre en stage d’oxygénation dans les Hautes Alpes près de Barcelonnette, les autres travailleront de concert avec les ouvriers de l’Arsenal pour réparer, modifier, soigner les plaies et les bosses de notre cher « Dauphin ».

D’après les scientifiques glaciologues, les pôles se réchauffent, mais dans mes souvenirs, la glace n’est pas encore fondue.

M/P/H ROGER

membre de la section ACUF Villefranche

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